Femmes en sciences : en 2026, le dialogue social face au défi de l’égalité professionnelle

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10 Fév 2026

Chaque 11 février, la Journée internationale des filles et des femmes de science met en lumière un enjeu central du dialogue social en France : la place des femmes dans les carrières scientifiques et les conséquences directes sur l’égalité professionnelle et salariale.
En 2026, malgré des avancées législatives significatives, les chiffres montrent que la faible féminisation des sciences reste un facteur structurel d’inégalités. Pour les représentants du personnel, cette question s’impose désormais comme un sujet clé de concertation sociale et de négociation collective.

Femmes en sciences : le défi du dialogue social

Selon les données consolidées du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de l’Insee, les femmes représentent en 2026 environ 30 % des chercheurs en France.
Cette moyenne masque toutefois de fortes disparités : leur part chute à 22,6 % dans la recherche privée, contre 41,5 % dans les administrations publiques.

Dans le champ de l’ingénierie, le constat reste préoccupant. Bien que la France compte désormais plus d’un million d’ingénieurs en activité, les femmes ne constituent que 24 % des effectifs. Du côté des jeunes diplômés, la proportion féminine stagne autour de 29 %, traduisant une difficulté persistante à inverser la tendance.

Enfin, le plafond de verre académique demeure marqué : seules 26 % des professeurs d’université en sciences et en ingénierie sont des femmes. L’élection, en 2025, de dix femmes scientifiques à l’Académie des sciences constitue certes un signal institutionnel fort, mais elle ne suffit pas à transformer structurellement les parcours professionnels.

Les inégalités observées dans les carrières scientifiques prennent racine bien plus tôt, dès les choix d’orientation. D’après les données du Ministère de l’Éducation nationale et de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, les filles représentent environ 50 % des élèves de l’enseignement général, mais restent moins nombreuses dans les spécialités scientifiques les plus valorisées.

En terminale, elles ne représentent qu’environ :

  • et restent minoritaires dans les filières menant aux écoles d’ingénieurs.
  • 42 % des élèves en spécialité mathématiques,
  • moins de 38 % dans les enseignements numériques et informatiques,
filles et femmes en sciences 2026

Ces écarts ne reflètent ni un déficit de compétences ni un manque de réussite scolaire, mais des stéréotypes de genre persistants et un déficit de projection vers les carrières scientifiques. À terme, ces choix d’orientation alimentent la ségrégation professionnelle et limitent l’accès des femmes aux métiers les plus rémunérateurs.

Les conséquences de cette sous-représentation sont mesurables sur les rémunérations. En 2026, selon l’Insee, les femmes perçoivent encore en moyenne 22 % de moins que les hommes, tous secteurs confondus.
À poste et à compétences comparables, l’écart se réduit autour de 4 %, ce qui confirme que l’enjeu principal repose aujourd’hui sur la répartition genrée des métiers et des fonctions.

Cette situation se vérifie particulièrement dans l’encadrement supérieur : seul un cadre dirigeant sur trois est une femme, alors même que les obligations réglementaires se renforcent.

L’Index égalité professionnelle, désormais bien installé dans le paysage social, affiche une note moyenne de 88/100 pour les entreprises de plus de 50 salariés (source : Ministère du Travail). Depuis mars 2026, la Loi Rixain impose en outre aux entreprises de plus de 1 000 salariés un objectif de 30 % de femmes parmi les cadres dirigeants, sous peine de sanctions financières.

La question de la transparence salariale s’impose également dans les débats sociaux. La directive européenne sur la transparence des rémunérations, qui doit être transposée dans le droit français au plus tard en juin 2026, n’est pas encore pleinement effective, mais elle influence déjà les pratiques de négociation.

À terme, elle obligera les entreprises à justifier tout écart de rémunération supérieur à 5 % sans critères objectifs et à engager des actions correctrices. Pour les représentants du personnel, cette perspective renforce l’enjeu de la mixité des métiers : les emplois scientifiques et techniques, encore majoritairement masculins, concentrent des niveaux de rémunération plus élevés dès l’embauche.

dialogue social et mixité des métiers

Ainsi, la faible présence des femmes dans les sciences contribue directement à l’écart salarial global. Face à ce constat, le dialogue social évolue. Les accords collectifs intègrent de plus en plus des clauses de revalorisation des métiers féminisés, de parentalité partagée et de sécurisation des parcours professionnels, afin de limiter l’impact des carrières interrompues ou ralenties.

En 2026, la Journée des filles et des femmes de science dépasse donc la seule dimension symbolique. Elle constitue un point d’appui concret pour le dialogue social et l’égalité professionnelle.

Pour les élus CSE et les organisations syndicales, les leviers sont identifiés : analyse des orientations professionnelles, suivi de l’Index égalité, négociation sur la mixité des filières techniques, accès des femmes aux postes stratégiques et transparence des rémunérations.

Car une réalité s’impose : sans féminisation durable des carrières scientifiques, l’égalité salariale restera partielle. Et sans dialogue social structuré et exigeant, les avancées législatives ne produiront pas pleinement leurs effets.

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