Pourquoi le compte pénibilité reste-t-il une promesse non tenue pour 70 % des travailleurs et travailleuses ?

Pénibilité au travail et CSE

16 Avr 2026

Le dernier rapport de la DARES, publié en avril 2026, bouscule les certitudes du dialogue social français. Les données révèlent un décalage flagrant entre la réalité physique des métiers et la reconnaissance administrative de l’usure professionnelle. Alors que le Compte Professionnel de Prévention (C2P) devait réparer les injustices liées à l’espérance de vie, les chiffres actuels prouvent que le dispositif échoue à protéger massivement les salarié·es.

Une mesure de la pénibilité qui peine à sortir de l’ombre

pénibilité au travail et dialogue social

L’étude statistique de la DARES souligne une anomalie majeure dans la gestion de la santé au travail. Actuellement, seulement 2,8 % des salarié·es du secteur privé accumulent des points sur leur compte. Pourtant, les analystes de la DARES estiment que 9 % de la population salariée remplit les critères techniques d’exposition. Ce constat signifie concrètement que plus de deux tiers des personnes éligibles se retrouvent exclues du système par absence de déclaration de l’employeur.

Par ailleurs, les disparités sectorielles renforcent ce sentiment d’iniquité profonde. Si le travail de nuit bénéficie d’un suivi plus rigoureux, les risques liés au bruit ou aux températures extrêmes demeurent largement ignorés, notamment dans les petites structures. Par conséquent, des milliers de salarié·es perdent chaque année des droits à la formation ou à un départ anticipé à la retraite. Comme le rapporte le média FranceInfo, la pénibilité réelle reste ainsi « bien loin de la réalité » administrative vécue sur le terrain.

Un angle mort sexué : la pénibilité invisible des femmes

Un autre enseignement majeur de l’étude concerne l’invisibilité des travailleuses dans ce dispositif. Historiquement conçu autour des risques industriels masculins, le C2P ignore encore trop souvent les contraintes spécifiques des métiers à prédominance féminine. Les chiffres sont éloquents : alors que les femmes représentent une part croissante de la main-d’œuvre exposée à des rythmes de travail contraignants ou à des postures pénibles, elles sont dramatiquement sous-représentées parmi les bénéficiaires de points.

égalité genrée et pénibilité au travail

En effet, les critères actuels favorisent les risques « mesurables » comme le bruit, au détriment des risques ergonomiques ou organisationnels souvent rencontrés dans le soin, le nettoyage ou la logistique légère. Cette exclusion de fait crée une double peine pour les salariées, dont les carrières sont déjà souvent plus hachées. Dès lors, le dialogue social doit impérativement intégrer cette dimension de genre pour que la reconnaissance de la pénibilité ne s’arrête pas aux portes des secteurs dits masculins.

Le rôle des élu·es CSE face aux enjeux de la pénibilité en entreprise

Face à cette carence de déclarations, les représentants et représentantes du personnel occupent une place stratégique pour rétablir une forme de justice sociale. Effectivement, l’étude DARES démontre que la présence d’un Comité Social et Économique (CSE) actif favorise une meilleure application de la loi. En premier lieu, les élu·es disposent du droit de consulter le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), lequel constitue la pierre angulaire de la reconnaissance des expositions.

Ensuite, les membres de la CSSCT peuvent intervenir directement pour confronter les mesures de l’employeur à la réalité quotidienne des ateliers, des services de soin et des bureaux. Puisque la déclaration de la pénibilité repose sur la seule responsabilité de la direction, le dialogue social devient l’unique levier pour contester des seuils sous-évalués ou des oublis manifestes. En agissant ainsi, les élu·es ne se contentent pas de surveiller des statistiques, mais ils et elles protègent activement la santé physique et mentale des salarié·es à long terme.

L’accompagnement de l’expert : sécuriser le diagnostic et les droits des salarié·es

Expertise et CSE

Toutefois, la technicité des seuils d’exposition rend souvent la tâche complexe pour les instances représentatives du personnel. C’est précisément ici que l’intervention de l’Expert apporte une valeur ajoutée déterminante. Dans un premier temps, il/elle réalise une analyse indépendante des situations de travail pour vérifier si les critères de durée et d’intensité respectent les obligations légales.

Par la suite, ce regard extérieur permet de traduire des données techniques opaques en arguments de négociation lors des consultations annuelles sur la politique sociale. De surcroît, l’expert ou l’experte accompagne les élu·es dans la construction d’un plaidoyer robuste pour obtenir des mesures de prévention primaire efficaces.

Solliciter un accompagnement spécialisé garantit que les droits acquis ne restent pas lettre morte et que chaque travailleur ou travailleuse exposé·e bénéficie des compensations prévues par la loi.

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