12 Jan 2026
Posté le dans CSE en actu, Décryptage, Non classé, Politique sociale, Santé et Conditions de travail
Dans de nombreuses entreprises, les risques psychosociaux ne relèvent plus d’épisodes ponctuels liés à des pics d’activité ou à des périodes de transformation, mais s’inscrivent désormais dans la durée, jusqu’à devenir un élément structurant de l’organisation du travail.
Les données issues de la DARES l’illustrent clairement : 27 % des salariés déclarent travailler sous tension, plus d’un sur deux estime manquer de reconnaissance, tandis que 65 % des managers se disent eux-mêmes exposés au stress.

Ces chiffres ne traduisent pas seulement un malaise individuel.
Ils révèlent une transformation profonde du travail, marquée par une accélération des rythmes, une multiplication des injonctions et une instabilité croissante des repères organisationnels.
Dans ce contexte de risques psychosociaux élevés, les Instances représentatives du personnel s’imposent progressivement comme des acteurs centraux de compréhension, de régulation et d’alerte, capables de relier les situations individuelles à des dysfonctionnements collectifs et organisationnels.
Des risques perceptibles bien avant les outils de pilotage
Les transformations du travail ne se lisent pas d’abord dans les indicateurs sociaux ou les tableaux de bord RH, mais dans les équipes, à travers des signaux discrets, souvent difficiles à formaliser mais immédiatement perceptibles pour ceux qui sont présents sur le terrain.

Les élus observent ainsi des équipes qui se crispent, des relations professionnelles qui se tendent et des priorités qui se redéfinissent en permanence sans cadre clair ni explication partagée.
Ces signaux faibles apparaissent bien avant que l’absentéisme ou le turnover ne progressent de manière visible, ce qui confère aux IRP une capacité d’anticipation essentielle dans la prévention des risques.
Contrairement aux indicateurs quantitatifs, leur lecture repose sur l’observation du travail réel, des pratiques quotidiennes et des ajustements permanents opérés par les salariés pour répondre aux exigences de production.
Inspections, échanges et outils de diagnostic : objectiver les risques
Les inspections menées dans le cadre du CSE constituent un premier niveau d’analyse, en mettant en évidence les conditions concrètes dans lesquelles les salariés exercent leur activité, souvent marquées par des contraintes de moyens, des interruptions fréquentes et des arbitrages permanents entre qualité, délais et charge de travail.
Les entretiens individuels viennent ensuite enrichir cette lecture en donnant accès à l’expérience vécue, notamment à travers l’expression de la fatigue, du sentiment d’isolement ou de la difficulté à comprendre des objectifs qui évoluent rapidement.
Ces paroles, loin d’être anecdotiques, dessinent des régularités qui renvoient à des choix organisationnels plus larges.
Les questionnaires RPS permettent enfin de consolider ces constats en les transformant en données objectivées, capables de hiérarchiser les risques et de fournir une base solide pour engager un échange structuré avec la direction.
Des leviers d’action pour contenir l’installation des risques
Lorsque les tensions s’inscrivent dans la durée, l’enjeu n’est plus seulement de constater, mais d’agir avant que les situations ne se dégradent de manière irréversible.
Les IRP disposent pour cela de leviers clairement identifiés, à commencer par les droits d’alerte, qui permettent de signaler des situations dangereuses et d’intervenir en amont des crises.

Les enquêtes paritaires jouent également un rôle déterminant, notamment après des événements révélateurs d’un malaise collectif, en mettant en lumière les causes organisationnelles des difficultés rencontrées, qu’il s’agisse de surcharge chronique, de défaut de coordination ou d’un cadre de travail insuffisamment stabilisé.
La mise à jour du DUERP constitue à cet égard un moment structurant, puisqu’elle oblige l’entreprise à intégrer les risques réellement observés dans la réflexion collective, et non ceux simplement anticipés sur le papier.
Le suivi des indicateurs sociaux vient compléter cette analyse en confirmant, le cas échéant, que l’organisation atteint un point de saturation.
Donner une lecture collective aux alertes individuelles
Lorsque la pression devient trop forte, les salariés se tournent naturellement vers leurs représentants, non pour exposer uniquement des situations personnelles, mais parce qu’ils perçoivent confusément que leurs difficultés s’inscrivent dans un cadre plus large.
Pris isolément, ces témoignages peuvent sembler relever de trajectoires individuelles, mais leur mise en perspective fait apparaître des tendances communes liées à l’organisation du travail.
Les IRP jouent ici un rôle de mise en cohérence indispensable, en reliant des récits dispersés pour identifier des problématiques structurelles telles que des rôles mal définis, des objectifs contradictoires ou un encadrement lui-même soumis à une forte pression.
Cette lecture collective permet de déplacer le débat des personnes vers les risques organisationnels qui produisent ces situations.
L’expertise externe pour éclairer les décisions à risque
Lorsque les projets de transformation s’accélèrent ou que les alertes se multiplient, le recours à une expertise externe constitue un appui stratégique pour objectiver les enjeux et sécuriser le dialogue social.
L’expertise permet d’évaluer la charge réelle de travail, d’anticiper les impacts des décisions sur les collectifs et de formuler des recommandations opérationnelles fondées sur l’analyse du travail réel.
Pour les élus, elle renforce leur capacité à peser dans les échanges avec la direction.
Pour l’entreprise, elle offre une opportunité de comprendre les risques à un stade où des ajustements restent possibles, évitant ainsi une dégradation durable du climat social.z
Les IRP, un point d’équilibre face à la saturation organisationnelle

Dans des environnements professionnels marqués par l’instabilité et l’accélération des changements, les IRP jouent un rôle d’équilibre souvent sous-estimé, en reliant des observations dispersées et en ramenant la discussion à la réalité concrète du travail.
Ils ne s’opposent pas aux transformations, mais contribuent à en limiter les effets délétères en identifiant les risques avant qu’ils ne deviennent systémiques.
En structurant les constats, en ouvrant des espaces de dialogue et en interrogeant la cohérence des choix organisationnels, ils participent à la préservation de conditions de travail soutenables et de collectifs capables d’absorber les évolutions sans s’épuiser.
Dans un contexte toujours plus exigeant, leur action constitue un véritable levier stratégique pour maintenir un équilibre que l’organisation, seule, ne parvient plus à garantir.


