La transition écologique devient un sujet concret de travail
Pendant longtemps, la transition écologique a été abordée comme un sujet de stratégie, de conformité ou de communication. Aujourd’hui, elle s’invite dans le quotidien du travail. Les épisodes de fortes chaleurs, par exemple, ne relèvent plus de l’exception. Ils modifient déjà les rythmes, les conditions d’exercice et les risques professionnels dans de nombreux secteurs.
Dans son étude 2025, Sextant Expertise a choisi d’entrer dans le sujet par un angle très concret : l’adaptation du travail aux fortes chaleurs. Le cabinet a analysé les accords d’entreprise publiés sur Légifrance entre 2022 et 2024 contenant les termes « fortes chaleurs ». Sur une base initiale de 407 accords, 380 ont finalement été retenus comme pertinents.
Ce parti pris est intéressant, car il montre que la transition écologique ne se joue pas seulement dans les grandes déclarations. Elle se joue aussi dans les mesures très opérationnelles qui permettent, ou non, d’adapter le travail à la réalité climatique.
Ce que révèle l’étude : un sujet encore peu structuré dans les accords
Le premier enseignement du livre blanc est clair : les accords d’entreprise portant sur l’adaptation au changement climatique restent rares. Sur la période 2022-2024, Sextant Expertise n’a recensé que 380 accords pertinents sur les fortes chaleurs, sans dynamique de croissance réelle, alors même que les épisodes climatiques extrêmes se multiplient.
Autre enseignement fort : seuls 8 % des accords étudiés adoptent une approche complète de la prévention, en combinant des mesures techniques, humaines et organisationnelles.
Autrement dit, dans la grande majorité des cas, les entreprises traitent encore le sujet de manière partielle. Elles agissent sur un levier, parfois deux, mais rarement sur l’ensemble des dimensions nécessaires pour adapter réellement le travail.
C’est précisément là que le rôle du dialogue social devient décisif.
Pourquoi le CSE a un rôle central à jouer
La transition écologique ne se limite pas à des objectifs environnementaux. Elle a déjà des effets sur la santé, la sécurité, l’organisation du travail, les horaires, les équipements, les mobilités et les métiers. Le CSE a donc toute légitimité pour s’emparer du sujet.
L’étude de Sextant Expertise montre d’ailleurs que les accords sur les fortes chaleurs apparaissent le plus souvent dans des accords relatifs au temps de travail (28 %) et aux rémunérations, notamment dans le cadre des NAO (27 %), avant même la QVCT ou la prévention des risques.
Ce point est important. Il montre que les enjeux climatiques traversent déjà plusieurs objets classiques du dialogue social. Ils ne constituent pas un sujet isolé. Ils impactent directement :
- les horaires,
- l’intensité du travail,
- les pauses,
- le télétravail,
- les primes,
- l’équipement,
- l’organisation de l’activité,
- la prévention des risques.
Le CSE peut donc agir en intégrant ces questions dans ses consultations, dans ses analyses de la politique sociale, dans les discussions sur les conditions de travail et dans les négociations collectives.
Des accords existent, mais les secteurs les plus exposés ne sont pas toujours les plus mobilisés
Autre résultat marquant du livre blanc : les secteurs les plus signataires ne sont pas nécessairement les plus exposés. L’industrie manufacturière concentre 38 % des accords analysés, loin devant les transports et entreposage (16 %) et la construction (8 %). À l’inverse, certains secteurs particulièrement exposés restent moins présents dans les accords que leur poids réel dans l’économie.
Le constat est similaire du point de vue territorial. Les régions les plus exposées au réchauffement climatique ne sont pas forcément celles où l’on négocie le plus sur ces sujets. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, par exemple, apparaît loin derrière d’autres territoires dans les accords recensés.
Cela signifie une chose simple : l’exposition au risque ne suffit pas à faire émerger automatiquement la négociation. Il faut des acteurs, des diagnostics, des revendications et un dialogue social structuré.
Ce que l’étude met en lumière : des leviers déjà transposables
Le grand intérêt du livre blanc est qu’il ne se contente pas d’un constat. Il montre aussi que des entreprises ont déjà commencé à négocier des réponses concrètes. Sextant Expertise identifie ainsi plusieurs types de leviers : mesures techniques, mesures humaines et mesures organisationnelles, regroupées dans le référentiel T.H.O.
L’étude met également en avant plusieurs accords jugés particulièrement inspirants, parce qu’ils articulent plusieurs dimensions à la fois et partent du travail réel.
C’est précisément ce qui rend ce livre blanc utile pour les élu·es et les négociateur·rices : il ne dit pas seulement que le sujet doit être traité. Il montre que des pratiques existent déjà, qu’elles sont négociées, concrètes et transposables.
Le changement climatique doit devenir un vrai sujet de dialogue social
L’une des idées fortes de l’étude est la suivante : l’adaptation du travail au changement climatique ne peut plus être traitée au coup par coup, été après été, site après site. Elle doit devenir un sujet structurant du dialogue social.
C’est là que le rôle du CSE devient stratégique. Les représentant·es du personnel peuvent :
- demander un diagnostic plus précis des situations de travail exposées,
- interroger le DUERP et les plans de prévention,
- analyser les impacts sur la santé et l’organisation,
- pousser des négociations sur le temps de travail, la QVCT ou la prévention,
- faire émerger des solutions adaptées au terrain.
Le sujet ne concerne donc pas seulement l’environnement. Il concerne la soutenabilité du travail.
La transition écologique transforme déjà les conditions de travail. Pourtant, le dialogue social sur ces questions reste encore en retrait. L’étude menée par Sextant Expertise sur 380 accords d’entreprise relatifs aux fortes chaleurs montre à la fois le retard pris et les leviers déjà disponibles pour agir. Elle montre surtout que le CSE a un rôle central à jouer pour faire de l’adaptation du travail au changement climatique un véritable sujet de prévention, d’organisation et de négociation.











