Près de 200 personnes ont participé, le 6 octobre à la Cinémathèque française, aux 30 ans de Sextant Expertise. Chercheur, représentants syndicaux, acteurs du dialogue social et entreprises se sont réunis pour revenir sur trente années de transformations du dialogue social. Mais surtout pour regarder devant : quelles conditions réunir aujourd’hui pour construire un dialogue social réellement utile aux salariés et capable de peser sur les choix de l’entreprise ?
Depuis trente ans, le monde du travail s’est profondément transformé. Par conséquent, le dialogue social a dû évoluer avec lui.
Les entreprises se sont réorganisées. Les crises se sont succédé. De nouveaux enjeux sociaux, économiques, technologiques et environnementaux ont émergé. Dans le même temps, les instances représentatives du personnel ont connu plusieurs réformes majeures.
Pourtant, une question demeure : comment construire un dialogue social réellement utile aux salariés et capable de peser sur les choix de l’entreprise ?
C’est autour de cette interrogation que Sextant Expertise a choisi de construire la soirée de ses 30 ans.
Trente ans de dialogue social passés au crible
Pour comprendre les défis actuels, il fallait d’abord regarder le chemin parcouru.
Ainsi, Rémi Bourguignon, professeur des universités et directeur de la Chaire Transformation et Régulation de la Relation de Travail à l’IAE Paris-Est, a apporté son regard de chercheur sur trente années d’évolution du dialogue social en entreprise. 30 ans Sextant expertise – prog…
Son intervention a permis de replacer les transformations actuelles dans une perspective historique et d’éclairer les évolutions qui ont progressivement redessiné les relations sociales dans l’entreprise.
(Re)voir l’intervention de Rémi Bourguignon
Dialogue social : faut-il changer les règles ou revoir les pratiques ?
Ensuite, place au débat.
Car derrière l’évolution des textes se pose une autre question. Celle de la réalité du dialogue social dans les entreprises.
Pendant plus d’une heure, cinq acteurs confronteront leurs expériences et leurs analyses : Olivier Carlat, directeur du développement social de Veolia ; Fabien Guimbretière, secrétaire national de la CFDT en charge du dialogue social ; Fabrice Nicoud, président de la CFE-CGC Métallurgie ; Sophie Thiéry, directrice générale de l’association Dialogues ; et Christian Pellet, président de Sextant Expertise ont confronté leurs expériences et leurs analyses.
Les échanges ont rapidement dépassé la seule question des règles pour interroger les transformations profondes du travail et de la représentation des salarié·es. Ainsi, l’intelligence artificielle et la place qu’elle prend désormais dans l’entreprise et le dialogue social ont largement nourri les discussions. De même, les intervenant·es ont insisté sur l’importance de la formation et de la compréhension des enjeux par les élu·es, alors que ces dernier·ères doivent appréhender des sujets toujours plus nombreux et complexes, avec un risque réel d’épuisement.
Par ailleurs, la question du renouvellement de la représentation du personnel s’est imposée dans le débat. Comment donner envie aux jeunes générations de s’engager ? Et comment repenser les formes d’engagement tout en maintenant des élu·es de proximité, au plus près des réalités du travail ?
Enfin, les conséquences du réchauffement climatique sur le travail et le dialogue social ont également été abordées, notamment à travers les travaux menés par Sextant Expertise sur le sujet.
IA, transition climatique, formation, proximité, renouvellement des élu·es, complexification des mandats : autant de transformations qui obligent désormais les acteur·rices du dialogue social à repenser leurs pratiques autant que leurs moyens d’action.
(Re)Voir la table ronde
Le dialogue social à l’heure des choix : sept axes pour agir
Enfin, après les constats et le débat, Christian Pellet a choisi de regarder vers l’avenir. Son intervention a ainsi posé les premières pistes d’évolution défendues par Sextant Expertise pour renforcer le dialogue social et redonner aux représentant·es des salarié·es les moyens d’agir.
Au total, sept axes ont été présentés : proximité, autonomie, santé, compétences, négociation, loyauté et participation. D’abord, Sextant Expertise propose de rapprocher les CSE des réalités du terrain et de renforcer leur autonomie d’organisation. L’objectif : permettre aux élu·es de mieux répondre aux problématiques rencontrées par les salarié·es et de disposer de davantage de marges de manœuvre.
Ensuite, plusieurs propositions ont porté sur la santé et les Expert SSCT et conditions de travail | Sextant Expertise, mais aussi sur les compétences des représentant·es des salarié·es. Face à des mandats toujours plus exigeants, Sextant Expertise défend notamment une meilleure reconnaissance de l’expérience acquise par les élu·es et délégué·es syndicaux·ales ainsi que des moyens favorisant le renouvellement des générations.
Par ailleurs, la négociation collective constitue un autre levier majeur. Mieux articuler le rôle du CSE et celui des organisations syndicales, renforcer l’accompagnement des négociateur·rices et évaluer les effets des accords permettraient ainsi de rééquilibrer le rapport de force dans l’entreprise. Propositions Sextant 30 ans v10…
Enfin, les deux derniers axes ont replacé le dialogue social au cœur des transformations stratégiques de l’entreprise. Intelligence artificielle, transition climatique, transformations pluriannuelles : ces mutations nécessitent du temps pour comprendre, se former, délibérer, négocier et agir. Sextant Expertise propose donc de renforcer le principe de loyauté dans la conduite de ces projets et, parallèlement, la représentation des salarié·es dans les organes de gouvernance.
Ces sept axes ont ouvert des perspectives concrètes. Ils feront prochainement l’objet d’un livre blanc de Sextant Expertise, qui reviendra plus largement sur les enseignements de ces 30 ans et développera les propositions formulées pour faire évoluer le dialogue social.
Et maintenant ?
Ces 30 ans ont permis de croiser les regards, de confronter les pratiques et, surtout, de faire émerger des pistes pour la suite.
Car face aux transformations du travail, le dialogue social ne peut rester figé. Il doit permettre aux représentant·es des salarié·es de comprendre les mutations à l’œuvre, d’anticiper leurs conséquences et de peser sur les décisions.
C’est aussi dans cette capacité à agir que se construit un rapport de force utile au dialogue et aux salarié·es.
Les réflexions engagées le 6 octobre vont désormais se poursuivre, notamment avec la publication prochaine du livre blanc de Sextant Expertise.
Après trente ans d’évolution, une question reste donc ouverte : quel dialogue social voulons-nous construire pour les années à venir ? le sens de ces 30 ans : regarder le chemin parcouru pour mieux débattre de celui qui reste à construire.